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Quelques textes personnels, plus ou moins poétiques, abordant des thèmes variés et attendant vos avis...

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Luminophobie

Le 21/10/2009

  L’horreur arrive avec l’aurore. Subrepticement l’onde se répand et repousse l’ombre.

  La journée débute par une guerre, suivie d’un effroyable carnage sur fond de ciel incandescent. La nuit incendiée, acculée, recule et rend l’âme sans un bruit ; sans un heurt, sa chair aplatie, foulée aux pieds par ce terrible flamboiement ; sans un souffle, s’efface ; sans une larme, disparaît…

  Mais l’ombre est toujours là, survit, habile (créature), tapie à l’ombre de nos corps rompus, traquée, cachée de l’obstinée surveillance du borgne guetteur, attendant son heure… patiemment.

  Ombre protectrice, caressante, qui nous enveloppe comme un cocon, on se réfugie en son sein comme en une grotte profonde, et, enlacé à son être, dans son étreinte charnelle, tranquillement, on sombre…

  Lumière [adorée/abhorrée] qui n’hésite pas à nous meurtrir ; inévitables, ses faisceaux nous transpercent et nous brûlent, transformant l’opale en carmin.

  Chaque jour s’entame avec la peur, au ventre et ailleurs…

  Peur de voir ou d’être vu, peur d’être, peur de peu…

  Cette clarté aveuglante ex explosant, exposant nos corps et âmes mis à nu sous sa fontaine insouciante.

  Effroyable déploiement de photons sans pudeur, nuées de lucioles subatomiques se répandant sur nous, sur nos corps opaques. Mis en lumière, révélés sans vergogne par ces [poussières/larmes] de soleil.

  Phobie de cette entité rampante et partout s’insinuant, nuée âgée nageant dans l’air, passant dessus, dessous ou à travers, s’enroulant sur nous, nous englobant, nous enfermant en une prison de lumière, au milieu de tous ces yeux qui ne peuvent que nous voir, tous ces yeux qui ne peuvent que savoir.

  Visibilité omniprésente, partout voir et partout être vu, jamais de repos, jamais de trêve, de grève, de rêve. Acharnement incompréhensible à montrer ce qui ne doit pas l’être, exposer ce qui ne doit pas l’être, révéler ce qui ne doit pas l’être, illuminer l’être qui ne doit pas l’être. (L’impensable, l’inacceptable, l’inenvisageable).

  Particules ondulatoires révélant l’élémentaire, nous le jetant au visage comme par inadvertance. Ecrasant notre face terne, face contre terre, dans un maelström de couleurs coulantes, figures figurées, défigurées, mouvements mouvementés, images de visages, de visages envisagés, de faces effacées…

  Clarté éclatée, vicieuse, qui s’infiltre partout, voit et montre tout, effleure une fleur, épate, appâte l’œil, caresse la paresse, touche une bouche, cogne une trogne et montre, révèle. Impossible de ne rien cacher, aucune grotte, aucun trou pour s’enterrer.

  Hantés rais transperçant ma cornée. Corps né de l’hombre et de l’humide, destiné au sombre et au putride, violemment ex expulsé en ce monde clair et violent, (monde de voyeurs). Impossible d’y échapper, ne reste que la nuit pour se terrer. Tourmenté par tous ces regards que les Ténèbres sauraient taire, ne reste qu’à fuir…fuir…

  Fuir la lumière et échapper aux affres de ce constant embrasement, embrasser l’obscurité et n’être plus qu’une silhouette, puis une ombre, puis l’ombre de soi-même, effacée, atténuée, fondue dans l’ombre, plus de couleurs, de contours, de formes, de mouvements, plus rien que le noir d’encre où s’exiler, s’ancrer à une nuit éternelle, éternellement belle, gouffre sans fond dont rien, jamais, ne filtrera.

  Puis ce crépuscule tant attendu… libérateur. La nuit écrase le jour petit à petit et laisse enfin place aux Ténèbres tant désirées…

 

Le temps qui passe

Le 10/02/2009

Le temps est là, au dessus de ta tête, tel un rapace qui fond sur toi, t’emportes dans ses serres, te lacères comme une vulgaire proie, te dépose dans sa tanière et te dépèce, tranquillement, pour nourrir ses enfants.

Le temps est là, il passe, te vois, t’ignores et te laisse, fou au milieu du désert, perdu et dépassé…

Le temps à l’œuvre, ruissèlement furtif sur la pierre de nos cœurs, fleuve dément arrachant les flancs des montagnes que nous espérons être, pour les charrier à sa guise, les laissant tantôt sur les rives, tantôt dans son lit, parfois les menant jusqu’à l’océan, infinité flexible, mouvante, calme et violente, insolente destination de nos existences morcelées.

Pourtant parfois le temps ne passe plus, tout s’arrête, sauf l’instant durant lequel ce rapace se fige. Alors on peut grimper sur son dos, embrasser l’univers d’un seul coup d’œil. Alors on peut traverser le fleuve sans risque, jouer à sauter d’une rive à l’autre ou se terrer à l’écart espérant qu’à son dégel il ne nous emportera pas.

Le temps qui passe, creuse ses sillons, nous marque de son sceau, créatures fébriles à sa merci, il n’épargnera personne. Son action s’imprime dans nos chairs, dans nos actes, dans nos cœurs et âmes. Se jouant de cette fragilité, il nous entraîne et nous malmène, parfois nous laisse souffler, l’oublier pour une seconde ou bien une heure qui paraîtront éternelles. Puis il revient, toujours, et reprend son ouvrage de décomposition. On ne grandit pas, on ne murît pas, on ne vieillit pas, on s’étiole, on se gâte et on finit par crever. La pureté de l’enfant assassinée en plein envol, démontée, pièce après pièce, sa joie de vivre démantelée, son énergie, absorbée, qu’il ne reste qu’un corps sans substance, racorni et desséché, instantané fade et flétri, une photo jaunie encadrée sur la cheminée ou enfermée dans un album de famille, une image réconfortante, un souvenir embelli qui nous accompagne et finira par s’éteindre…lui aussi.

Mais le temps qui passe ne fait pas que raviner les corps et pourrir les fruits, il comble aussi les blessures de la vie, qu’il les enfouisse ou les cicatrise, il passe sur nous et nous laisse lisse comme un galet perpétuellement rebattu par les vagues. Une pluie douce comme une chanson, nous berce et nous endort. Et une fois reposés, nettoyés, elle s’arrête, emportant l’impureté. On se réveille et on se sent nouveau-né, le temps a passé et panser les blessures, réduit les fractures, poli les douleurs et combler les fissures. Plus de lit à remplir de ses larmes, la source de pluie intérieure s’est tarie. Alors on se lève, se pare et on retourne danser avec les autres au milieu du fleuve, espérant tous qu’on finira à l’océan et non oubliés sur ses côtés ou noyés en son fond.

Le temps ne passe pas, il n’est qu’une infinité d’instants enchaînés, et nous nous devons d’en vivre un maximum, si nous voulons lui échapper.

 

Diaporama

Le 07/07/2009

  Diaporama d’instantanés, damnés, succédanés des succès d’années, défile le film d’instants figés. Regarder le passé, convoité…admirer ces instants que l’on ne vivra plus, plus, plutôt que d’en construire de nouveaux. Instants figés dans le bourbier du temps, sans substance ni saveur, ni goût, ni odeur, ni texture, ni fissure, instant sans ride, aspartame en conserve, et l’on converse devant, désirant être dedans, se repasser l’instant, fantasmer sa vie, à travers un support, plutôt que de la vivre. S’imaginer, l’espace d’un instant, sa vie en vidéo : lecture, stop, avance rapide ou pause, rec ou recule, x2, x4, x16, sauter une scène, en repasser une, une fois, deux fois, mille fois, espérer que la bande n’a pas de fin et que si elle en a, on pourra se la repasser depuis le début, de toute manière.

 

 

La transformation

Le 13/11/2008

  Les derniers vestiges de mon identité viennent de tomber, déchirés, perdus, éparpillés en lambeaux sur un sol gris. Arrachés de mon être et jetés au loin, devant, derrière, tout autour de moi en mouvement giratoire exécuté dan le sens trigonométrique. Et je reste, face à ces plaques de boue séchée tombées d'un visage émacié, face à ses entrailles disséminées comme du pollen. Et la vie chante cette décomposition, ce démembrement, cette désillusion, à travers ses feuilles, son vent, sa poussière et son brouillard. Je me regarde m'éloigner, m'éparpiller à travers la stratosphère sans espoir de retour. C'est trop tard ! Je me suis jeté dans le vide, me disloque, et me disperse.

 

  Et il ne reste que moi, vide, chauve et glabre, nu et sans aucune aspérité. Je ne suis pas propre comme un sou neuf mais paraît neuf comme un sou propre. Je suis lisse et le monde qui m'entoure coule sur moi, se propage le long de mon corps, il m'asperge et me noie. Il me faut réapprendre à respirer. Le monde a changé, boulerversé en un instant par le dédoublement de mon être. Je suis là, et je suis parti. Je me souviens de tout mais dois le réapprendre. Il faut que j'inspire, à grand renfort de poumons, une véritable bouffée de véritable air. Qu'il me pénètre des bronches jusqu'au pores de la peau. Que chacune de mes cellules se sentent vivre à travers lui. Qu'il se propage dans mon corps comme un incroyable courant électrique, me foudroie, me consume de l'intérieur, me bouleverse sans me détruire, me traverse sans me nuire.

  Il faut que je plonge cette face sans tâche dans toutes les surfaces du monde, qu'un visage en émerge, qu'il soit beau et souriant, qu'il soit marqué et déprimant, qu'il soit vivant... tout simplement.

 

Angoisse blanche

Le 06/11/2008

 

  Prostré, les mains supportant  le poids mort de ma tête pleine de vide, penché sur cette feuille désespérément blanche comme au dessus de l'abîme, l'absence qu'elle me renvoie m'aveugle.

  Il y eut la satisfaction, l'envol, puis tout cet espace qui me donne le vertige, une déchirure de néant sous mes ailes, sans fond, m'enlace et je m'enfonce dans la tombe que je me creuse, ne reste qu'à me recouvrir de feuilles mortes, me cacher de cette feuille accusatrice qui se veut procureur, juge et juré et s'est juré la mort du parjure, emmuré !

  Mais mourir ou se cacher n'éveillera pas l'instinct, n'incitera pas la pluie à se répandre. Et cette feuille obstinée, définitivement vierge qui parait se moquer, ce n'est pas de sa faute, elle n'a pas les réponses, la plume et le bois de cette table non plus.

  Cette feuille ne m'étouffe pas, ne me menace pas, ne m'accuse pas, elle est un miroir me renvoyant à moi-même, un miroir me montrant l'étendue de mon impotence de pendard sans potence, pauvre feuille, pauvre moi, que pouvons nous faire ?

  Vierge et muette, eau lisse et imperturbable, on la sent néanmoins rire sous cape et s'enfuir en son for intérieur...

 

 

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